Au large de Mayotte, une grotte submergée depuis plus de 20.000 ans renferme 100.000 ans de secrets climatiques. Pour la première fois, une équipe de plongeurs et de scientifiques s'y est aventurée.
À 75 mètres sous la surface du lagon de Mayotte, dissimulée dans les profondeurs de la barrière de corail, une ouverture découverte il y a quelques années n'avait encore jamais été explorée. Derrière elle, une grotte née à la surface de la Terre avant d'être engloutie par la montée des eaux il y a plus de 20.000 ans. Ses stalactites et stalagmites géantes portent dans leur roche la mémoire de 100.000 ans de climat.
En 2023, six plongeurs parmi l'élite mondiale de la plongée profonde, menés par l'association Deep Blue Exploration, se retrouvent à Mayotte aux côtés de scientifiques venus des quatre coins du globe. Leur mission est vertigineuse. Il faut s'enfoncer dans 130 mètres de galerie sous-marine, forer la base d'une stalagmite géante de 80 centimètres pesant près de 60 kilos, et la remonter intacte à la surface.
Chaque plongée dure entre trois et quatre heures, dont seulement trente minutes au fond de la grotte, le reste étant consacré à la descente et aux paliers de décompression. Les risques d'éboulement sont permanents, et le moindre faux pas peut compromettre
l'ensemble de la mission.
L'opération réussit. La stalagmite est confiée au Professeur Bernard-Armand Thomassin, qui l'achemine jusqu'à l'institut Max Planck en Allemagne, où elle est découpée dans sa longueur comme un tronc d'arbre centenaire. Ses premières datations révèlent une pointe vieille de 15 000 ans et une base remontant à 25 000 ans, avec une précision de l'ordre de 60 ans grâce aux techniques de datation à l'uranium-thorium. En 2025, une première thèse scientifique est publiée sur ces résultats. Les études isotopiques à venir, notamment l'analyse des taux de carbone piégés dans l'atmosphère de la grotte à cette
époque, promettent d'apporter un éclairage précieux sur la situation climatique actuelle.
En janvier 2024, l'équipe retourne dans la grotte pour un second défi. Cette fois, il s'agit de réaliser une modélisation 3D complète de la galerie par photogrammétrie, une technique jamais employée à de telles profondeurs. Un dispositif de 12 caméras montées en demi-sphère sur un scooter sous-marin permet de capturer plus de 500.000 images, traitées ensuite par un supercalculateur de l'IRD à La Réunion.
Ce film raconte l'aventure humaine et scientifique de ces deux expéditions hors norme, une épopée digne des récits de Jules Verne, portée par la passion d'hommes et de femmes qui repoussent les limites du possible pour éclairer notre avenir climatique.