Trois femmes — une scientifique spécialisée en chimie moléculaire en Allemagne, une parfumeuse historienne à Paris et une conservatrice du patrimoine olfactif à Amsterdam — se lancent dans une course pour restituer au monde une odeur disparue depuis 3 500 ans : le baume sacré dont les anciens Égyptiens pensaient qu’il conférerait aux défunts royaux une odeur divine pour l’éternité.
Le Parfum de l’éternité suit leurs parcours parallèles, du laboratoire à l’atelier, jusqu’au musée, et interroge le sens d’une résurrection singulière : celle d’une chose que les sens humains n’ont jamais oubliée, parce qu’ils n’ont jamais su qu’elle avait disparu.
Tout commence par deux jarres d’albâtre. Les vases canopes de Senetnay — nourrice royale du pharaon Thoutmosis III, dans l’Égypte du Nouvel Empire, vers 1450 av. J.-C. — reposent depuis plus d’un siècle dans les collections du musée August Kestner, à Hanovre. Ce sont de magnifiques objets : leurs couvercles sont sculptés à l’effigie des divinités funéraires chargées de veiller sur les organes des défunts, et leurs surfaces ont été polies par trois millénaires et demi d’histoire. Ce que personne ne savait jusqu’à une date très récente, c’est qu’ils recelaient encore un secret. Scellée dans les résidus qui tapissent leurs parois intérieures — invisible à l’œil nu, détectable uniquement à l’aide d’un spectromètre de masse — se trouvait l’empreinte moléculaire du baume appliqué sur le corps de Senetnay au moment de sa momification. Un parfum. Intact. En attente.
La Dre Barbara Huber est archéologue biomoléculaire à l’Institut Max-Planck de géo-anthropologie, à Iéna, en Allemagne. En 2024, elle a publié la première reconstitution réussie au monde d’un baume de momification de l’Égypte ancienne : un mélange extraordinairement complexe, composé de plusieurs strates d’ingrédients — cire d’abeille, huiles végétales, résines d’arbres et composés aromatiques — provenant de réseaux commerciaux qui s’étendaient de la Méditerranée jusqu’à l’Asie tropicale. La publication a fait sensation à l’échelle internationale. Mais elle laissait une question sans réponse : quelle odeur ce baume avait-il réellement ? Des données ne sont pas un parfum. Un relevé spectrométrique n’est pas une matière que l’on peut respirer.
Carole Calvez dirige Iris & Morphée, à Paris, l’un des rares ateliers au monde spécialisés dans la parfumerie historique : retrouver et reconstituer les senteurs des époques préindustrielles à partir de matières premières et de techniques fidèles à leur temps. Lorsqu’elle découvre l’article de la Dre Huber, elle comprend immédiatement ce qu’il représente : une recette. Incomplète, nécessitant une interprétation et exigeant un travail d’imagination à la fois créatif et scientifique, mais une recette malgré tout. Les deux femmes entament alors une collaboration qui transcende les disciplines et les frontières, une confrontation féconde entre les données et l’intuition, entre le laboratoire et le nez.
Sofia Collette Ehrich travaille à la croisée des sciences olfactives et du patrimoine culturel. Connue sous le nom de The Olfactory Contractor et figure centrale du consortium Odeuropa — un réseau de recherche européen consacré à la redécouverte et à la préservation du patrimoine olfactif du passé —, elle a consacré sa carrière à poser une question largement ignorée par le monde des musées : quelles odeurs avait l’Histoire ? Lorsqu’elle découvre la reconstitution du baume de Senetnay, elle commence aussitôt à réfléchir à ce qui se produit lorsque cette senteur entre pour la première fois en contact avec une personne vivante. Où cette rencontre doit-elle avoir lieu ? Comment concevoir un espace adapté à une expérience aussi intime, aussi ancienne, aussi irréversible ?
Le film navigue entre trois univers, trois registres, trois formes de connaissance.
Le point culminant du film est cette scène que tous les diffuseurs voudront connaître et dont chaque spectateur se souviendra. La Dre Barbara Huber se rend à Paris. Dans l’atelier de Carole Calvez, les deux femmes se rencontrent pour la première fois en personne. Calvez lui présente la reconstitution achevée : un petit flacon contenant une matière dont l’élaboration a nécessité des mois de travail, des dizaines d’itérations et la mise en commun des ressources de deux disciplines. Huber l’ouvre. Elle devient ainsi la première personne vivante, depuis le Nouvel Empire égyptien, à découvrir l’odeur du baume de momification de Senetnay.
La caméra s’attarde sur son visage. Que se passe-t-il à cet instant ? Que signifie, pour une scientifique dont toute la relation à cette matière a jusqu’alors été médiatisée par des données et des instruments, de la découvrir directement, par les sens, sans aucun intermédiaire ? Cette scène est au cœur du film.
Le Parfum de l’Éternité est un film sur ce que l’on éprouve lorsque la connaissance devient expérience. À travers le parcours de trois femmes extraordinaires et la redécouverte d’une odeur antique, il interroge le sens de cette affirmation : nous avons retrouvé le passé. Et il pose une dernière question : que signifie le fait que le passé, à son tour, puisse revenir jusqu’à nous et nous toucher ?